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Ancien Musée des Arts et Traditions populaires

Le Conseil de Paris du 28 mars a eu à son ordre du jour la concession au groupe LVMH de l’ancien musée des Arts et Traditions Populaires situé dans le bois de Boulogne.

Le projet consiste à transformer le bâtiment de Dubuisson en une extension de fait de la fondation LVMH sous couvert de valorisation des métiers d’art.

Le dossier de présentation en Commission des Sites a permis d’avoir un aperçu du projet (Cf. ci-dessous).

Voici l’intervention que j’ai prononcée :

Madame la maire, mes chers collègues,

Par-delà les questions de démocratie et juridique soulignées par David Belliard, il faut également regarder les autres aspects de ce projet. Sandrine Mées parlera des aspects soi-disant culturels et je me concentrerai donc sur les aspects architecturaux et patrimoniaux.

Pour ce faire le plus évident serait de lire le rapport de l’inspecteur des sites et celui de l’architecte des bâtiments de France tels qu’ils ont été présentés lors de la réunion de la commission des sites le 23 mars.

C’est peu dire qu’ils sont dévastateurs pour le projet.

Ainsi contrairement à la charte des bois et même à la réglementation sur les sites classés, l’inspecteur des sites souligne l’augmentation de la surface imperméabilisée et de l’emprise au sol, contrairement au discours tenu.

Il met en évidence que la création d’une salle de spectacle de 4 000 places n’est pas conforme à la destination du bois de Boulogne telle qu’est définie par la loi de 1857 qui précise que les bois sont destinés à la promenade. Cette destination sera d’ailleurs confirmée régulièrement notamment lors de l’arrêté de classement de 1957, de la décision du Conseil d’Etat de 1979 ou encore lors de l’arrêté du Préfet de police de 2012 qui fera d’ailleurs référence à la charte des bois, lui conférant de facto une portée juridique.

L’inspecteur des sites met également en exergue les contradictions avec la construction de la fondation LVMH puisqu’il a été annoncé que l’émergence de la canopée était une des vertus de ce bâtiment, sous-entendant que le maintien du bâtiment des ATP n’était pas envisagé. C’est d’ailleurs un des arguments qui avaient emporté l’avis favorable de la commission des sites.

Nous sommes donc à peu de chose près dans la même situation qu’avec Roland Garros et les promesses de la FFT de ne plus jamais s’agrandir avant de renier sa parole.

La conclusion du rapport est édifiante : l’inspecteur des sites acte la convergence des intérêts publics et privés. Il insiste sur le manque de nombreuses informations. Il déclare enfin que l’émergence tardive du projet, son instruction accélérée n’ont pas permis de travailler à sa bonification.

Il demande enfin que les points évoqués dans son rapport soient revus.

 Quant à l’ABF, elle considère qu’il est demandé à la commission de signer un chèque en blanc. Elle exige néanmoins une limitation des surélévations. Elle conclut sévèrement : ce n’est pas un projet digne d’un monument historique.

De plus nous avons appris en pleine commission que LVMH envisageait de recourir à la géothermie sans même avoir demandé les autorisations nécessaires.

Quant aux consommations énergétiques, le bureau d’études a annoncé très fièrement que le futur bâtiment serait très performant puisqu’il consommerait environ 450kWh par m² ! Faut-il en rire ou en pleurer ?

Vous l’avez compris ce projet est purement politique affirmation qui s’appuie sur la convocation aussi rapide de la commission des sites, le dépôt du permis de construire avant même toute information aux conseillers de Paris et au vote de notre assemblée, l’obligation donnée aux services de l’Etat de se prononcer favorablement par un arbitrage au plus niveau, la demande du Préfet de ne pas émettre de réserves malgré les remarques justifiées de ses propres services.

Il y a fort à craindre que tout cela se passe mal et que des recours ralentissent considérablement le projet tant il est mal ficelé, bricolé à la hâte pour avoir les autorisations avant les prochaines échéances électorales.

 Il était possible d’avoir une réelle réflexion sur l’aménagement de ce site, d’explorer les différentes solutions possibles, de rechercher un consensus.

 Il est vraiment regrettable que ce soit un projet imposé par la pression d’un milliardaire qui soit finalement retenu.

Voir mon intervention :

Propreté de Paris : une nouvelle étape ?

Lors de la séance du Conseil de Paris du 27 mars, la maire de Paris a proposé un nouveau plan d’action pour améliorer la propreté de Paris.

Voici l’intervention que j’ai prononcée :

Madame la maire, mes chers collègues,

La propreté de Paris est au cœur des préoccupations des usagers de Paris depuis de très nombreuses années. En effet, comme vous le dîtes dans votre communication, la propreté doit être une priorité au même titre que la sécurité.

Je dirais même que la propreté est un facteur positif sur le sentiment de sécurité. Toute personne qui passe dans un quartier sale se sent nettement moins bien que lorsqu’elle traverse un espace propre et bien entretenu.

Alors la question se pose : Paris est-elle plus propre ou moins propre que d’autres métropoles, voire d’autres villes, et la situation s’améliore-t-elle ou se dégrade-t-elle ?

Je me souviens d‘une période, pas si lointaine, où l’on parlait dans les journaux japonais de Paris, capitale des crottes de chiens. C’était avant 2001 et pourtant le budget consacré au ramassage des crottes de chiens était très important pour une efficacité très faible. Comme quoi tout ne dépend pas des sommes investies si elles ne le sont pas à bon escient.

C’est pourquoi dès 2001 il a été décidé de changer de méthode et de réorganiser les services de la propreté, de s’appuyer sur la sensibilisation des usagers de Paris, de ne pas hésiter à verbaliser les comportements inciviques et de mesurer les résultats.

Ainsi les plans de propreté ont été révisés, des équipes de soirée ont commencé à être mises en œuvre notamment dans des quartiers difficiles du 18è arrondissement, la sensibilisation des propriétaires de chiens (première source de plaintes) a fait l’objet d’un plan considérable, et enfin nous avons décidé de ne plus tolérer les manquements au règlement sanitaire départemental.

Les résultats ont été en grande partie au rendez-vous-même s’ils n’ont pas permis de faire cesser les polémiques politiciennes assez classiques en la matière.

Certes tout n’a pas été parfait. La co-construction avec les maires d’arrondissement a notamment été refusée par tous les maires de droite sauf Pierre Christian Taittinger qui avait compris tout l’intérêt d’une association entre la mairie centrale et la mairie d’arrondissement.

Pourtant l’amélioration sensible de la propreté à Paris a pu être mesurée année après année grâce au baromètre de la propreté décidé dès 2002. Reposant sur une vaste enquête auprès de 4 000 Parisiennes et Parisiens, il a permis d’ajuster régulièrement les priorités.

Et pourtant tout cela s’est produit dans un contexte particulièrement difficile puisqu’il a fallu supprimer toutes les corbeilles de rues au lendemain de l’attentat du 11 septembre à New-York.

Si j’ai tenu à faire ce petit rappel c’est pour montrer que les propositions que vous faîtes s’inscrivent dans une continuité, continuité indispensable si l’on veut que les effets se fassent sentir.

Changer sans arrêt de politique au gré des renouvellements démocratiques ne peut que ralentir cette progression.

Or à cet égard il faut bien avouer que nous avons eu quelques surprises désagréables au cours du précédent mandat, des remises en cause de moyens humains ou matériels, des changements de priorité mal expliqués, et pour finir, une nouvelle dégradation de la situation.

Vous reprenez donc à votre compte la politique entamée en 2001 et nous ne pouvons que nous en féliciter.

La propreté d’une ville repose avant tout sur la prévention, l’éducation, le respect de l’espace public, bien commun comme vous le dîtes. Trop souvent l’espace public est vécu comme n’appartenant à personne et donc personne ne s’en sent responsable. Combien de fois n’a-t-on entendu «  je paie des impôts pour que d’autres nettoient », phrase qui dénote un sens aigu de l’égoïsme et une incapacité à développer le sens du vivre ensemble.

L’information et la sensibilisation doivent donc prendre toute leur place dans la lutte contre les incivilités.

À cet égard nous approuvons votre volonté de reprendre la politique de coopération avec l’éducation nationale pour actualiser le kit pédagogique conçu en 2006 qui comprenait à la fois un cahier pour l’enseignant et un cahier pour l’élève. Car c’est dans l’enfance, dans l’éducation aux règles collectives et partagées que se forgent les comportements des futurs adultes. Face à l’individualisme porté comme un talisman par les tenants du libéralisme, il faut au contraire développer ce sens de la solidarité vis-à-vis des biens communs, vis-à-vis des espaces partagés, vis-à-vis tout simplement des autres.

De même associer les conseils de quartiers, les associations, les citoyennes et citoyens sera bénéfique à tout point de vue. J’ai d’ailleurs pu me rendre compte que lorsque par exemple on confie aux conseils de quartier le soin de noter la propreté, leurs notes sont souvent meilleures que celles données par les professionnels qui ont un regard plus exercé, plus exigeant.

Cependant dans votre énumération des acteurs de la propreté, nous aimerions que vous ajoutiez le million de personnes qui vient travailler tous les jours à Paris sans y habiter. Il s’agit là en effet d’un défi considérable. Qu’il s’agisse de celles et ceux qui profitent à juste titre de leur présence à Paris pour y déjeuner au soleil l’été, dans un jardin ou le long de la Seine, qu’il s’agisse de celles et ceux qui veulent profiter de la vie parisienne en soirée ou la nuit, qu’il s’agisse enfin des touristes, le nombre d’usagers de passage est considérable et il ne faut pas les oublier. Certes vous mettez en avant la formation à la langue anglaise mais cela ne saurait sans doute suffire. Nous pensons qu’un travail avec l’office du tourisme, les hôteliers, les voyagistes est aussi nécessaire comme il faut sensibiliser les salariés via leur entreprise.

Je ne peux que regretter à cet égard qu’un arrêté municipal imposant la pose de cendriers devant tous les bistrots ait été bloqué alors qu’il aurait sans aucun doute limité le nombre de mégots sur l’espace public.

Car en la matière il faut mettre à disposition des moyens pour que personne ne puisse justifier un comportement incivique.

On l’a constaté de façon éclatant lorsque les sanisettes sont devenues gratuites : leur fréquentation a explosé. De même la multiplication des corbeilles de rues a permis de répondre aux objections justifiant le jet à terre de nombreux détritus.

Mais ce qui est vrai pour ces dispositifs doit l’être aussi pour les moyens humains. Au cours des exercices passés nous avons souvent insisté sur l’urgente nécessité de renforcer les effectifs car il est illusoire de croire qu’on peut les diminuer ou même les maintenir à leur niveau actuel pour obtenir une réelle amélioration.

Comme vous le soulignez, les usages ont changé, les rythmes de vie également, sans oublier l’augmentation du nombre d’usagers de Paris.

Certes la mécanisation peut pallier partiellement le manque de personnels mais cela ne suffit pas.

Alors nous soutenons sans réserve votre annonce de renforcer de 100 agents les effectifs de la DPE. Nous en serons à plus 260 alors que nous avions dit qu’il en fallait plus 600.

Nous souhaitons évidemment que les renforts d’effectifs affectés d’abord aux quartiers qui en ont le plus besoin. Certes il y a les quartiers touristiques surtout avec les ouvertures dominicales qui nécessitent des moyens supplémentaires et on aimerait d’ailleurs savoir quelle est la contribution de ces commerces au surcoût pour la Ville et donc les contribuables parisiens. Mais il y aussi les quartiers moins chics qui ne sont pas toujours traités comme ils le méritent. Une attention toute particulière doit y être portée.

À cet égard il nous parait indispensable de se doter des moyens nécessaires pour que la propreté soit assurée partout y compris si c’est difficile. Les comportements inciviques ou sous l’emprise de l’alcool de certains consommateurs ne sauraient justifier que les riverains n’ont pas droit à la propreté.

Enfin il faut évoquer la verbalisation.

Dans le JDD du 12 mars vous vous félicitez du nombre de PV dressés en 2016 : 35400.

C’est une bonne nouvelle car sans verbalisation nous savons que les autres mesures ne sont pas aussi efficaces.

Lors de la campagne de 2001 contre les crottes de chiens, le montant de l’amende était de 183€. Il a malheureusement été fortement réduit depuis et cela explique en partie pourquoi les incivilités sont reparties à la hausse.

Car payer 183€ pour un mégot, un emballage de fast-food, une crotte de chien, un dépôt sauvage, cela est cher. Très cher. Et donc cela se traduit par un meilleur comportement des usagers.

En 2005 nous avions dressé déjà près de 36 000 PV, preuve que la détermination de la municipalité est une condition sine qua none de la réussite. Alors sans hésiter nous soutenons votre volonté de renforcer les moyens affectés à la lutte contre les incivilités dès lors qu’elle se conjugue avec les autres actions envisagées.

Vous l’avez compris, Madame la Maire, nous sommes favorables, très favorables, à une nouvelle étape en matière d’amélioration de la propreté à Paris.

Vos propositions vont dans la bonne direction, les axes sont pertinents.

Il faudra néanmoins sans doute faire encore plus si l’on veut que Paris devienne une référence en matière de propreté.

Vous pouvez compter sur notre soutien et notre vigilance à cette fin.

Je vous remercie.

 

Ouverture des commerces le dimanche : une erreur qui va fragiliser le commerce de proximité

La Maire de Paris a la responsabilité de fixer le nombre de dimanches autorisés pour l’ouverture des commerces à Paris. Ce nombre est fixé à 5 minimum et à 12 maximum.

A la surprise générale vu les déclarations précédentes, il a été proposé que ce soit le maximum qui soit retenu.

Voici la déclaration que j’ai faite au nom des écologistes lors de la séance du Conseil de Paris qui a eu à se prononcer sur ce point.

Madame la maire, mes cherEs collègues,

Les conclusions de la MIE (mission d’information et d’évaluation) sur l’ouverture dominicale ont été partagées au sein de notre majorité et elles méritent d’être rappelées.

La première est sans appel : « le repos du dimanche est un principe auquel on ne peut déroger sans raisons importantes ».

Cette déclaration s’appuyait sur une série de principes que je veux citer :

Le repos dominical est un principe essentiel de la société française, fondamental aussi bien pour la protection des salariés que pour la cohésion sociale.

Il est indispensable à la vie personnelle, familiale, amicale, sportive et culturelle.

Il faut donc des raisons puissantes pour y déroger : c’est principalement le cas pour les services ou commerces indispensables au fonctionnement de la société (sécurité, santé), pour l’alimentation et pour l’organisation des loisirs (sports et culture entre autres).

Vous nous dîtes que c’est pour des raisons économiques et sociales que vous avez choisi de porter au maximum de 12 dimanches l’autorisation d’ouvrir. Vous déclarez que face aux ZTI (zones touristiques internationales) il faut sauver le commerce de proximité, ce que nous partageons comme objectif, mais certainement pas en courant derrière la grande distribution.

Là encore, la MIE a conclu à la majorité que les effets économiques et sociaux de telles ouvertures seraient probablement négatifs :

  • effets sur les achats des résidents : la plupart des experts conviennent que le montant global des achats est déterminé par des facteurs infiniment plus décisifs que l’ouverture dominicale.
  • Le travail dominical pèse d’abord sur les femmes (70 à 80 % des salariés du commerce), et il est regrettable que les partisans d’une ouverture dominicale très élargie n’évoquent jamais cet aspect pourtant central. La conciliation entre vie professionnelle, vie familiale et vie sociale est déjà complexe pour les femmes ; le travail dominical la rend encore plus difficile. Pour celles – environ 50% – qui sont chefs de famille, la garde des enfants le dimanche grève lourdement leur budget.

Enfin la MIE a souligné que l’ouverture dominicale comportait des conséquences environnementales non négligeables :

Ni la consommation massive d’énergie (électricité, gaz, chauffage, climatisation), ni la multiplication des trajets, notamment en voiture puisque les transports publics sont plus rares le dimanche, ne nous paraissent correspondre à l’idéal de sobriété énergétique que s’est fixé Paris.

En ce qui concerne les dimanches « dérogatoires» la position de notre majorité ne souffrait d’aucune ambigüité :

 

Nous considérons que dépasser de quelques unités le chiffre actuel de 5 est envisageable, mais qu’il ne doit pas y avoir automaticité : ces autorisations, devraient être délivrées par la Maire de Paris après avis des maires d’arrondissement concernés.

En choisissant d’aller au maximum prévu par la loi, vous ne vous inscrivez pas dans les conclusions et recommandations de la MIE.

Vous vous trompez en croyant sauver le petit commerce de proximité en développant les ouvertures dominicales. Les coûts pour ces petits commerces seront proportionnellement bien supérieurs à ceux des grandes enseignes ou des chaînes et cela se traduira en réalité par une accélération de la fragilisation du petit commerce.

L’APUR a d’ailleurs publié lundi 7 novembre une nouvelle étude sur le commerce de proximité mettant en évidence les carences et fragilités du petit commerce qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’ouverture dominicale. Peut-être faudrait-il demander à l’APUR de poursuivre ses travaux en intégrant spécifiquement cette dimension afin de ne plus avoir des discours convenus sans base indiscutable.

Pour les écologistes, la fin est dans les moyens. Affirmer qu’il faut sortir du tout consumérisme et de l’avoir au profit de l’être et du vivre ensemble, doit se traduire en acte.

Or nous assistons jour après jour à une volonté de toujours favoriser l’activité purement commerciale au détriment des activités culturelles, sportives, de loisirs.

Ce même gouvernement qui promeut les ZTI au motif qu’il s’agirait de favoriser les touristes ne dit et ne fait rien pour les musées nationaux toujours fermés le mardi. On voit bien où sont ses priorités, sa vision de la société, son tropisme vers le passé.

J’ajoute qu’en ce jour funeste pour les Etats Unis et bien au-delà pour l’avenir de notre planète, ce n’est pas l’incantation à l’alignement inconditionnel du 1er secrétaire du PS de l’ensemble des forces progressistes qui ouvre des perspectives positives. De même ce n’est pas l’alliance avec la droite sur des sujets aussi importants que ce dossier ou la privatisation des services publics qui redonnera confiance à celles et ceux qui sont tentés par le vote protestataire.

 Madame la Maire, vous avez jusqu’à présent su vous préserver de cette vision rétrograde de la société en prenant en compte toutes les composantes de votre majorité.

Nous vous demandons de résister encore et de ne pas aller au-delà des 5 dimanches de droit pour les commerces.

Vous comprendrez Madame la Maire qu’en l’état vous nous invitez à voter contre cette délibération qui va à l’encontre de ce que votre majorité défendait il y a quelques mois.

C’est ce que nous allons faire.

Polo de Bagatelle : un soutien incompréhensible des socialistes

Lors de la séance du Conseil de Paris du 16 décembre, nous avons eu la surprise de découvrir une proposition du PS de confier le site du Polo de Bagatelle à l’association qui s’y trouve depuis 1892 avec des conditions qui défient l’entendement.

Nous seulement la durée de la concession est portée à 20 ans au lieu de 15 actuellement mais en plus l’association paiera encore moins qu’aujourd’hui.

Voici l’intervention que j’ai faite au nom des éluEs du groupe écologiste de Paris :

Madame la Maire,

Rencontrer des princes et des princesses, des ducs et des duchesses, des comtes et des comtesses, les grands patrons du CAC 40 s’ils ont réussi les tests d’entrée, quelques héritiers des grandes familles, tout cela est possible grâce à la ville de Paris et sa générosité.

Comment ? C’est simple. Il suffit de disposer de 15 000€ pour acquitter les droits d’entrée, de payer  chaque année 900 € pour un sport ou 1800 € pour deux sports, d’être parrainé par deux aristocrates.

Ensuite il faudra surtout réussir un examen d’entrée particulièrement difficile au cours duquel on verra si votre éducation est suffisamment solide, votre tenue vestimentaire irréprochable, votre savoir vivre digne d’une monarchie, votre renommée indiscutable, bref si vous êtes dignes d’intégrer ce cercle très restreint du Polo de Paris.

Si vous réussissez vous rentrerez dans ce ghetto du gotha comme l’appellent les sociologues Michel et Monique Pinçon Charlot.

Ce qui nous est proposé aujourd’hui c’est de garantir à ce ghetto une prorogation dans le temps des barrières érigées pour se protéger de la plèbe, voire de la bourgeoisie qui n’a pas la noblesse dans le sang ou le porte monnaie à la hauteur.

Oui, garantie donnée sans aucune contrepartie, voire même garanties accentuées et redevance minorée.

Vous proposez d’allonger la durée de la concession de 15 à 20 ans. Vous ne changez pas le montant de la redevance qui reste fixée à 15% et vous prétendez ajouter une modeste redevance à hauteur de 4% sur les recettes du restaurant.

Mais si on regarde la convention de 1999, le pourcentage était de 15% sur la totalité du chiffre d’affaires, restaurant compris. Soit la redevance n’a pas été versée comme elle aurait du l’être, soit c’est une baisse de la redevance que vous nous proposez, la partie du restaurant passant de 15 à 4%.

En fait c’est une absence de paiement pour le restaurant qu’on peut constater au vu des données financières minimales qui figurent dans le dossier qui a été communiqué à notre assemblée.

Première question : pourquoi n’avoir pas exigé le paiement de la redevance tel que prévu à la convention de 1999 ?

J’ajoute encore que la totalité de la redevance devait être payée dès le moi de mai de l’année suivante et que maintenant vous reportez l’échéance au 1er juillet. Cadeau de trésorerie supplémentaire pour ces pauvres membres du Polo.

Deuxième question : qu’est-ce qui justifie un report de l’échéance de paiement de la redevance ?

Vous prétendez que la redevance va augmenter de 70% ! Curieuse façon de compter. En 2015 la redevance atteindrait 1,4M€ contre 1 212 463M€ en 2013. Soit une augmentation réelle de 15,5%.

Vous affirmez que le montant de cette redevance sera indexé sur un indice particulièrement dynamique, l’indice des loyers commerciaux. Fort bien. Quelle a été l’évolution de cet indice au cours des deux derniers trimestres ? Une baisse de 0,03% puis une stagnation à 0%. Quel dynamisme !

Troisième question : Pourquoi avoir choisi un indice aussi volatil et qui ne donne aucune garantie d’évolution positive de la redevance ?

Vous annoncez que la moyenne de la redevance sera de 1,7M€ par an au cours des 20 longues années de la concession. Cela repose sur une évolution du chiffre d’affaires du club qui augmenterait de plus de 75% sur cette période. On ne peut qu’être surpris puisque le Polo annonce lui-même qu’il est malheureusement contraint d’aller chercher de nouveaux membres en Belgique, en Suisse, en Angleterre pour financer ses activités. Rien à voir évidemment avec un quelconque lien avec des réfugiés fiscaux.

Quatrième question : quels sont les éléments précis qui vous font croire à une telle évolution du chiffre d’affaires du Polo ?

Vous soulignez l’ouverture exceptionnelle aux jeunes. Quelle ouverture fabuleuse : environ 50 enfants accueillis en 2013 ! Vous avez choisi la CODP qui laisse entière liberté au bénéficiaire de la convention de choisir ce qu’il fait ou ne fait pas en vis-à-vis des enfants des écoles.

Cinquième question : pourquoi avoir choisi le modèle de la CODP qui ne donne aucune possibilité à la ville d’intervenir dans la gestion du site ?

La ségrégation sociale que cette classe parvient à opérer, le racisme de classe qui la conduit à écarter tous ceux qui n’en sont pas, à les tenir à distance de ses lieux de prédilection, révèle la formidable violence symbolique qu’elle parvient à exercer, avec d’autant plus de force qu’elle a le droit et l’État – le sien – pour elle.

Sixième question : elle est posée par Stéphane Olivesi qui a publié une note de lecture de l’ouvrage des Pinçot Charlot

Le racisme mondain qui caractérise l’entre- soi bourgeois n’est-il pas l’expression de toutes formes de rejet des classes que l’on qualifiait naguère de dangereuses, de laborieuses ou de populaires et qui, de fait, n’ont d’autres ressources que de subir la violence symbolique de la domination ou de s’y opposer par une violence fruste qui les enserre davantage encore dans leur statut de catégories inférieures ?

En conclusion je veux rappeler que nous avons déposé un vœu qui permettra de réfléchir un peu plus sérieusement et démocratiquement à l’avenir de ce site : allonger d’une année la convention actuelle, ce qui ne pose aucune difficulté réelle, et profiter de ce délai pour que la commission spéciale que nous avons actée lors de notre précédente séance puisse délibérer tranquillement et en toute transparence.

Refuser une telle proposition serait à n’en pas douter ajouter la Ville de Paris à la liste des soutiens au Gotha.

Nous ne doutons pas que telle n’est pas la volonté de la Maire de Paris et que vous accepterez donc notre proposition.

Stéphane Olivesi, « Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Les ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces », Questions de communication [En ligne], 14 | 2008, mis en ligne le 21 mars 2012, consulté le 15 décembre 2014. URL : http://questionsdecommunication.revues.org/1649