Le même jour, à la fête de l’Humanité puis lors du réunion interne du PS, B. Delanoë a asséné une volée de bois vert à la fois à ses alliés Verts et aux partisans de Ségolène Royal au sein du PS en fidèle fils spirituel de L. Jospin.
Est-ce une suite d’erreurs de communication ou une stratégie délibérée ?
L’AFP rapporte dans une de ses dépêches que B. Delanoë a porté un jugement d’une rare virulence contre les Verts, estimant «franchement ridicule » que les Verts revendiquent les succès de la politique menée à Paris depuis 2001. Il a même estimé que c’était « débile » !
Outre qu’il est étonnant d’entendre B. Delanoë se laisser aller à tenir des propos aussi sévères, lui qui maîtrise d’habitude si bien son langage pour paraître convenable et convivial en public, cette façon de fustiger les Verts interroge. B. Delanoë sait pertinemment que sans le résultat des Verts en 2001, il ne serait pas Maire de Paris aujourd’hui et il n’a jamais accepté de devoir passer des compromis avec ses partenaires.
Comme il l’a dit et répété si souvent, il considère que son rôle de Maire est d’arbitrer entre les différents points de vue plutôt que de rechercher les compromis permettant de dégager un consensus. Cela explique notamment les difficultés de fonctionnement de la majorité parisienne sur quelques dossiers.
C’est pourquoi sa stratégie pour 2008 vise à ne pas avoir de partenaires pouvant peser sur ses propres décisions, persuadé qu’il peut imposer son point de vue au PS en toute circonstances.
De plus il aimerait disposer d’alliés potentiels (mais affaiblis) à la fois sur sa droite (le MoDem) et sur son flan écologique (Les Verts) pour trouver des majorités variables selon les sujets. Ainsi sur la privatisation des services il aimerait avoir une majorité avec la droite modérée, tandis que sur les questions environnementales il aimerait s’appuyer sur les Verts.
Evidemment cela ne permet pas de dégager une cohérence d’ensemble car c’est oublier qu’il y a un lien étroit entre l’environnemental et l’économique et avec le social. En cela on voit bien le chemin qui reste à parcourir pour que B. Delanoë puisse se réclamer de l’écologie.
Mais ce qui peut paraître plus surprenant à première vue, c’est la charge d’une rare violence lancée par L. Jospin contre S. Royal en présence de B. Delanoë alors que ce dernier souhaitait faire de cette réunion le lancement de sa campagne de conquête du PS.
Mon avis est que tout cela va de pair. D’une part B. Delanoë a besoin de faire dire par d’autres (en l’occurrence L. Jospin) ce qu’il ne peut dire lui-même sous peine de se couper d’une part importante du PS, d’autre part il a manifestement choisi le même créneau que S. Royal (l’environnement) pour se donner une image moderniste. Or il faut bien constater que les ex-verts qui ont rejoint le PS ont tous pris partie pour S. Royal alors que B. Delanoë attendait encore que L. Jospin déclare sa candidature… N’est pas écolo qui le prétend !
Cette filiation revendiquée ne peut manquer d’inquiéter. L. Jospin s’est enfermé progressivement avec ses plus proches conseillers, se coupant de la société et de son électorat, exigeant de décider de tout, tout seul. Ses partenaires ont été ignorés voire méprisés. On a vu le résultat en 2002 et encore aujourd’hui il prétend, tout comme ses disciples, que c’est le peuple qui n’a pas admis à quel point sa politique était bonne. Lui n’a évidemment commis aucune erreur, ne s’est pas trompé, il n’a simplement pas été compris.
L’alignement de B. Delanoë sur les méthodes jospinistes vis-à-vis de ses alliés et dans sa gestion, n’est naturellement pas de bonne augure.
Cela semble également indiquer que sa priorité absolue n’est déjà plus le maintien d’une majorité progressiste à Paris mais un rassemblement plus large vers le centre en vue de l’échéance présidentielle de 2012.
Ces choix vont être lourds de conséquence en mars 2008 lors des élections municipales. La gauche du PS, le MRC et le PC vont-ils accepter ce recentrage en figurant au premier tour sur une liste commune avec l’objectif d’une fusion avec le MoDem au second tour ?
Il ne suffit pas que B. Delanoë somme le MoDem de préciser avec qui il veut faire alliance. Il devrait lui-même affirmer ses préférences et clarifier son discours pour lever les ambiguïtés.
Face à une droite qui dévoile progressivement son programme de démantèlement systématique de ce qui a été réalisé depuis 2001, il y a mieux à faire que la politique politicienne ou à gérer l’interne du PS.
L’urgence consiste à lutter pied à pied contre cette droite ringarde et réactionnaire, à dénoncer les connivences du MoDem qui a voté toutes les lois liberticides et libérales au plan économique présentées par les gouvernements de droite depuis 2002, à s’appuyer sur la majorité municipale toute entière plutôt qu’à en nier une composante essentielle.
Le risque de surenchères entre partis de l’actuelle majorité municipale n’est pas négligeable.
Nous, les Verts, devons plus que jamais défendre le bilan dont nous pouvons revendiquer avec fierté une contribution sinon exclusive du moins forte et souvent déterminante.
Nous, les Verts, devons également montrer ce que serait Paris sans des écolos en situation d’infléchir les politiques municipales. Qui peut croire que sans des élus verts en nombre, il y aura retour en gestion publique de l’eau ou des déchets ? Que le processus de privatisation de serait pas généralisé ? Que la lutte contre la pollution ou le dérèglement climatique serait poursuivie avec la même intensité ?
Il y a bien deux projets qui se dessinent : le premier d’inspiration blairiste basé sur un compromis historique avec le centre droit. Le second, celui des Verts, qui poursuivra en l’amplifiant la politique progressiste mise en œuvre depuis 2001.
A nous, les Verts, de clarifier le débat que d’autres aimeraient maintenir dans la confusion. Je souhaite personnellement qu’un débat puisse s’ouvrir rapidement entre toutes les forces de gauche sans exclusive sur les enjeux sociaux et environnementaux de Paris. Je prends le pari qu’au cours d’assises parisiennes, chacun serait bien contraint de préciser ses priorités.
Nous, les Verts, avons tout à gagner à ce débat public. A nous de le proposer, à nous de l’organiser.
Une réflexion au sujet de « A quoi joue Bertrand Delanoë ? »